Du héros d’Homère qui prouve sa valeur au travers de ses exploits à l’hoplite qui doit «tenir son rang», c’est en contexte militaire que le courage (ἀνδρεία) a trouvé son paradigme. Après avoir reconstitué cette pensée grecque du courage que Platon investit et subvertit tout à la fois, il s’agira d’analyser la façon dont dès le Lachès, les Dialogues s’emploient à déplacer cette vertu du champ de bataille au discours, et substituent ainsi au modèle du guerrier la figure du philosophe. Ce n’est qu’à l'aune d’un tel déplacement qu'on saisira la place du courage dans les textes politiques (République, Lois, Politique) : il ne peut être que le résultat d’une éducation visant à dépasser l’opposition des tempéraments modérés et ardents sous la direction d’un logos philosophique. Nous verrons enfin comment, dans l’Éthique à Nicomaque et l’Éthique à Eudème, Aristote produit une critique virulente d’une telle intellectualisation du courage, interdisant qu’on le réduise à une forme d’expertise. C’est ainsi la signification précise de l’« intellectualisme » socratique que les textes d’Aristote nous invitent à réinterroger : sous le masque de l’expertise, n’est-ce pas la dimension de l’épreuve et de l’effort propre à la pensée qui se trouve finalement occultée ? Depuis ses précédents archaïques jusqu’à sa remise en cause par Aristote, c’est cette figure singulière du courage de penser que ce cours voudrait faire émerger.